Notre espace pour les aidants
Le Fonds Grama offre un espace dédié aux aidants avec un accès direct à :
Un groupe dédié à l’Entraide et au Répit,
Des séries de podcasts,
Des liens utiles,
Et bientôt les travaux sur lesquels nous travaillons
Étude sur les handicaps invisibles
Nous travaillons sur un projet d’ouvrage et/ou une série de podcasts dont le sujet est d’identifier similitudes et dissemblances, dans les handicaps et séquelles invisibles selon qu’ils ont été ou sont :
- immédiats (ex : AVC),
- ou progressifs (ex : maladie dégénérative),
Et ce, aussi bien pour :
- Les PATIENTS eux-mêmes,
- Que leurs AIDANTS.
Nous recherchons des volontaires pour enrichir nos travaux.
Rejoignez-nous !
Rejoignez la communauté de notre groupe Tous Aidants, Entraide et Répit
Vous y trouverez :
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La possibilité de partager un ressenti, une demande d’entraide ou tout autre chose, dans le respect et la confiance.
L’actualité sur les aidants, leur quotidien et leurs droits.
Un réseau d’entraide entre aidants,
Un groupe privé pour échapper à la publicité et au démarchage.
De notre côté, nous avons besoin de vous pour l’animer par vos posts et lui donner du sens ! Car sans vous, ce groupe n’a pas de sens.
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Un lieu neutre et respectueux
Un lieu d’écoute
Un lieu de partage de ses difficultés ou d’entraide des autres aidants
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Nous avons commencé une série de podcasts d’aidants dans lesquels chacun.e livre son expérience, ses difficultés, son devenir, celui de son proche.
Conjoint, parent, enfant, la parole est à vous. Souvent libératrice. Toujours utile pour la communauté des aidants.
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Nous avons commencé une série de podcasts d’interviews d’experts, notamment des notaires et avocats.
Pour vous informer sur vos droits et ceux de votre proche : protection des mineurs et majeurs, droit de la famille, successions, droit du travail, etc.
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Nous avons regroupé une série de liens institutionnels utiles au quotidien des aidants et de leur proche.
Ce travail est partiel et il repose aussi sur vos retours de sites utiles.
Les témoignages des parents, conjoints ou enfants, que nous avons recueillis, nous rappellent combien la parole libère et fait du bien.
Pouvoir partager son vécu, ses émotions ou simplement être écouté permet souvent de se sentir moins seul et d’alléger un peu le poids du quotidien. Pour les aidants, ces moments d’échange sont une véritable bouffée d’air.
Les écouter et les accompagner nous est cher.
La parole libératrice
Témoignage de C., époux
À l’âge de 40 ans, lors d’un contrôle de routine, la prise de sang de ma femme a révélé un excès de plaquettes. Le diagnostic est tombé : une hyperplaquettose qui nécessitait un traitement de longue haleine.
Pendant 10 ans, tout s’est bien passé. Nous vivions normalement avec notre quotidien, notre travail, notre famille, nos loisirs. Le protocole était sans douleur ni effets secondaires, mais avec un risque connu : celui de dériver en leucémie.
Les années passant, pour nous, cette option n’était pour ainsi dire qu’hypothétique.
Ma femme n’avait pas changé ses habitudes, à l’exception près qu’elle prenait son traitement. Elle aurait pu continuer ainsi, à se faire contrôler tous les mois, sans que rien de malheureux ne se passe.
Mais, un jour, à l’âge de 59 ans, les analyses nous ont annoncé une triste nouvelle : la leucémie tant redoutée est arrivée, et c’est là que tout a commencé à basculer.
Elle a été prise en charge à l’hôpital. Le service d’hématologie nous a proposé une greffe de moelle osseuse qu’elle a acceptée. Jusqu’ici, on tenait le choc car nous étions plein d’espoir.
Ma femme ne voulait pas que nos enfants sachent qu’elle était malade. Elle a longtemps tenu à leur cacher la gravité de sa situation. Pour être honnête, ce secret m’a pesé. Je respectais son choix mais je redoutais le moment où, face à l’inévitable, nos silences pourraient nous être reprochés par notre famille.
La greffe a eu lieu, et le traitement d’aplasie préalable a été violent. Elle est restée une semaine en isolement, chimiothérapie totale. Je la voyais chaque jour. J’entrais en scaphandre, je lui apportais du linge, on se parlait à travers un sas. J’ai vu son corps se transformer. Vomissements, fièvres, perte de cheveux. Des termes techniques, comme « le lapin », qui désignait ces périodes de fièvre délirante, sont devenus notre quotidien.
Le plus dur a été d’être le témoin de sa souffrance, d’attendre, d’espérer pour elle bien sûr et pour moi. C’était aussi découvrir un univers froid qui nous est étranger, qui manque cruellement d’humanité.
La greffe n’a pas pris. Sa propre moelle a repris le dessus. Échec. Cela a été une douche froide qui nous a sapé le moral car pour la première fois, nous étions face à une terrible vérité : la maladie pouvait bel et bien l’emporter.
A cet instant, on a senti que le vent pouvait tourner, et pas forcément en notre faveur. Ma femme était très pudique sur sa maladie. Moi, je portais tout cela en silence jusqu’à ce qu’elle décide de prévenir nos enfants, qui ont très bien compris la situation, fort heureusement.
Une deuxième greffe a été tentée. L’espoir était là, mais les doutes s’amplifiaient du fait du premier échec. Pendant ce temps, les allers-retours à l’hôpital s’intensifiaient laissant peu de répit à ma femme : transfusions de sang, de plaquettes, état de fatigue extrême, douleurs musculaires.
Durant cette période, je me souviens que les journées étaient supportables, car on savait qu’on pouvait appeler un médecin en cas de problème. Mais les nuits étaient les pires. Rien n’était prévu par le corps médical. Il fallait alors gérer seul, se débrouiller avec les internes, appeler parfois désespérément le médecin qui nous faisait bien comprendre qu’il n’y avait rien à faire.
Mon quotidien ? Il était rythmé par mon travail, les échanges avec mes enfants même s’ils étaient déjà grands, l’intendance de la maison. Mais, surtout je faisais en sorte d’accompagner ma femme a chacun de ses rendez-vous, ce qui a été rendu possible par mon employeur de l’époque.
Aurions-nous pu faire appel à des taxis ? Oui. Néanmoins, je sais que cela la rassurait que je m’occupe des trajets, et puis, c’était ma façon inconsciente de l’aider et de la soutenir. En fin de compte, on devient aidant sans s’en rendre compte, sans se poser de questions. Ce n’est pas un rôle qu’on choisit. On l’endosse parce que c’est nécessaire. Parce qu’on n’a pas le choix.
La deuxième greffe a, elle aussi, échoué. Je me souviendrai toujours du moment où le médecin lui a dit : “On va vous aider.” On comprend très vite ce que ça veut dire. Il n’y a plus de traitement possible. On ne cherche plus à soigner, seulement à accompagner jusqu’à la fin.
Dans la voiture, après cette annonce, elle m’a regardé et m’a dit :
“Tu as entendu ?”
J’ai répondu : “Oui.”
Elle a ajouté :
“Merci pour tout. Refais ta vie. Ne reste pas seul. Occupe-toi des enfants. Et maintenant, je ne veux plus en parler.”
Le dialogue s’est arrêté là. Ce qui est compliqué, c’est lorsque la personne aidée rompt le dialogue sur la maladie alors que nous aurions besoin parfois d’échanger sur certaines choses. Toutefois, ma priorité, c’était elle.
À partir de ce moment-là, je gérais à vue, jour après jour. Les analyses, les visites à l’hôpital, l’état physique qui se dégrade. Je vous le dis : personne n’est préparé à cela, à endosser ce rôle d’aidant.
Ce qui est compliqué à accepter, c’est la rapidité avec laquelle tout bascule : vous savez qu’il y a une fin, mais vous ne savez ni comment, ni pourquoi et personne n’est capable de dire comment cela va se passer.
Paradoxalement, une routine s’installe malgré tout. Une forme de résilience sans doute. Il y a des jours où ça va. Ne pas aller à l’hôpital, c’était une joie. On s’accrochait à ça. Ces moments-là, on en oubliait la maladie. Tous ces instants furtifs, nous les vivions pleinement.
En fait, une nouvelle réalité se met en place. Lorsque ma femme allait bien, nous avions l’impression que tout allait bien ! Puis, nous nous sommes habitués aux aléas. On pouvait passer une très bonne matinée, un après-midi super. Puis, catastrophe, il fallait aller à l’hôpital. Mais quand tout s'apaisait, nous reprenions une vie normale. Et c’était très bien ainsi puisque le souhait de mon épouse, c’était de rester le plus longtemps possible chez nous.
Ce qui a changé pour moi, c’était vraiment de jongler entre tout ce qu’il y avait à faire. Je faisais le ménage, le repassage, les courses. Mon épouse ne voulait pas qu’une personne extérieure vienne nous aider. Elle ne souhaitait pas que les gens la voient comme ça. Il y avait beaucoup de pudeur. De honte aussi, je pense. Donc j’ai tout assuré seul, et je ne regrette rien.
En tant qu’aidant, lorsqu’on sait qu’il y a une fin, il y a énormément de peine évidemment. Les choses durent et l’inconnu fait peur. A cela, s’ajoutent la solitude et le manque de pédagogie du corps médical. Vous vous sentez abandonné. Pour eux, vous ne comptez pas vraiment.
J’ai assisté aussi aux incohérences de l’hôpital. Attendre 5 heures une poche de sang dans une salle d’attente due à un manque d’organisation, alors que vous savez que le temps vous est compté. Quel gâchis !
J’ai appris à faire mon deuil au fur et à mesure de la maladie. Pour ne pas craquer, il faut trouver son truc à soi. Moi, je prenais la voiture, j’allais face à l’océan, je pleurais. Je voyais aussi certains de mes amis, mais la maladie est comme un sujet tabou, un mystère insoluble. Nous n’en parlions pas et beaucoup me disaient qu’ils ne venaient pas nous voir pour ne pas la fatiguer.
Puis, l’inévitable est arrivée. Les soins palliatifs. Le personnel médical a été formidable. C’est la seule fois où j’ai ressenti une vraie prise en compte de la famille accompagnante. A ce moment-là, je me suis senti visible et ça fait du bien. J’aurais vraiment aimé avoir cette considération lors de la maladie via une association, une présence formée à l’écoute au sein de l'hôpital ou échanger avec des personnes qui ont vécu la même chose.
Une fois que mon épouse est décédée, j’ai appris à revivre autrement. Mais, la peur reste. La nuit. Le stress. La tristesse. Il ne me restait que les souvenirs. Et puis la famille a dû se retrouver. Chacun a vécu les choses à son rythme, à sa façon. Ma seule vraie satisfaction, c’est d’avoir maintenu ma femme dans son cadre de vie et d’avoir été à ses côtés.
Aujourd’hui, je me dis que je suis sorti grandi de cette épreuve avec une incroyable envie de vivre pour mes enfants et mes petits-enfants. Puis, je suis d’une nature optimiste, à voir le verre à moitié plein !
Ce que je voudrais dire à une personne qui débute dans ce parcours, c’est : soyez prudent. Même si c’est difficile, essayez de respecter la manière dont la personne malade veut être soignée. Je sais qu’il n’y a pas de recette magique : il y a des jours où on en a gros et d’autres jours, où tout va bien. Il faut juste trouver des échappatoires pour soi, pour se protéger : le sport, le fait de se confier. Faire en sorte de ne pas s’isoler.
Et vivez chaque jour car la vie est belle même avec ce type d’épreuve. Et lorsqu’on est marié, ou qu’on vit avec quelqu’un qu’on aime, il faut vraiment faire au mieux pour tout vivre, ensemble, jusqu’au bout.
Témoignage de O., maman
C’est avec sérénité et beaucoup de recul que je peux parler de mon histoire, parce que mon fils va bien, même s’il ne sera jamais guéri. Il mène une vie normale, ce qui était loin d’être le cas il y a quelques années.
Avant que cette maladie n’arrive dans nos vies, j’étais une femme plutôt épanouie. Je vivais en couple et j’avais un travail très prenant. Mon fils, F. quant à lui, était pour ainsi dire “rangé”. Il avait un job dans un grand groupe, une femme et un enfant de 3 ans.
En tant que mère, j’étais donc plutôt rassurée. Puis, un jour, il m’a confié avoir des problèmes de couple. Il pensait que sa femme le trompait. Il ne faisait plus confiance à personne. C’est à partir de ce moment que la situation a basculé. Dans sa tête, ça n'allait plus et il a décidé de venir chez moi, à Bordeaux.
À vrai dire, je n’ai pas tout de suite compris ce qui se passait. Au départ, j'étais inquiète, mais je croyais que mon fils traversait une mauvaise passe et qu’il allait remonter la pente.
Puis, il a commencé à avoir des comportements étranges. Il était paranoïaque. Il pensait qu’on se liguait tous contre lui. Sa consommation de cannabis ne l’aidait guère non plus. Un soir, après avoir bu, il a tout cassé chez moi. Il était dans un état second. Là, j’ai vu que quelque chose clochait sérieusement. Il parlait tout seul. Il avait le regard vide, les yeux d’un bleu intense. Je l’ai vu se transformer physiquement. C’était une scène vraiment impressionnante.
Mon compagnon de l’époque me disait qu’il avait le comportement d’une personne sous emprise de champignon hallucinogène. Sauf que cet état n’était pas du tout passager : les crises étaient récurrentes. Dans ces moments horribles, je ne reconnaissais plus du tout mon enfant.
Cette situation a duré très longtemps. C’était pire de jour en jour. Il se dégradait physiquement. Il a tenté de se suicider à plusieurs reprises. Il y avait aussi des périodes plus calmes, ou du moins je le croyais, mais rien ne s’arrangeait vraiment. Les mois ont défilé sans savoir ce qu’il avait. Et lorsqu’il entendait des voix, on lui répétait sans cesse, que non, c’était dans sa tête.
Avec le recul, j’aurais dû par exemple appeler les gendarmes quand mon fils me le demandait puisqu’il était persuadé d’entendre des bruits. J’aurais dû le laisser aller jusqu’au bout de son histoire pour que des personnes extérieures à son cercle familial lui disent que non, il n’y avait pas de voix. Au moins, il se serait rendu compte que ce qu’il vivait n’était pas normal. Le problème, c’est qu’en ayant tout géré en famille, il a finalement arrêté de nous en parler puisqu’il savait ce qu’on allait lui répondre. Nous, on pensait qu’il allait mieux, mais en fait, pas du tout.
Ma vie personnelle en a souffert : mon attention ne tournait qu’autour de F. J’ai dû gérer des périodes terribles durant lesquelles mon fils était violent verbalement. Mon compagnon de l’époque n’était pas prêt à vivre ça. Nous nous sommes quittés, mais j’ai tenu bon, seule, en continuant à chercher des solutions.
J’ai été voir notre médecin traitant. Il m’a parlé de folie. Même si on sait que ce n’est pas de notre faute, il y a un fort sentiment de honte mêlé à la peur que tout se finisse dans un hôpital psychiatrique qui avait alors très mauvaise réputation.
Cette impuissance est dure à vivre parce qu’on ne voit pas ce qu’il faut faire. Mais, j’ai la chance d’avoir une famille très soudée. Ainsi, quand j’ai finalement pris la terrible décision d’interner mon fils dans cet hôpital, mes sœurs m’ont beaucoup aidée, fort heureusement, car F. ne voulait plus du tout me parler.
L’expérience avec l’hôpital a été terrible. Je n’ai jamais réussi à travailler avec les médecins qui me rétorquaient : “Votre fils est adulte. Donc, secret médical. C’est à lui de vous en parler s’il en a envie.” Sauf que son état ne lui permettait pas de se reprendre en main seul.
Puis, sans être avertie, l’hôpital a décidé de le placer en foyer. Mais, mon fils a préféré aller chez l’une de mes sœurs qui vit dans un endroit très paisible, loin du brouhaha de la ville. C’est ça qui l’a sauvé une première fois. Il a trouvé une certaine stabilité dans son quotidien grâce à un petit boulot où il se sentait utile, il reprenait en apparence peu à peu confiance en lui. Mais, il n’était toujours pas guéri. Aucun traitement ne lui avait été prescrit.
Puis, il a fugué. J’étais tellement inquiète : il a tout laissé en plan et il n’avait sur lui ni papiers d’identité, ni téléphone. Je pensais qu’il allait se suicider et que cette fois-ci, il n’allait pas se louper. En fait, il était parti en Espagne à cause des voix qu’il entendait et lorsqu’il est revenu, il a demandé à être hospitalisé.
Cette décision a été un tournant. C’est cela qui l’a sauvé la seconde fois. La nouvelle structure qui l’a accueilli était vraiment compétente et surtout, j’ai été associée à sa guérison. On lui parlait de façon médicale. Entendre des voix devenait enfin un symptôme et le personnel a dressé un diagnostic après 6 années d’errance médicale. Mon fils souffrait de schizophrénie. Ce mot-là, je ne l’oublierai jamais. Je découvrais la maladie de mon fils.
On peut la stabiliser, mais on n'en guérit pas. Par ailleurs, mon fils a perdu certaines facultés. Sa mémoire, sa logique, son énergie ne sont plus tout à fait les mêmes. Par exemple, quand il se sent en difficulté, il ne raisonne pas correctement.
Lors de cette hospitalisation, il a voulu renouer le dialogue avec moi et revenir vivre à la maison. Je lui ai bien sûr ouvert la porte, et j’avais même anticipé ce moment en prenant un appartement plus grand. Le traitement qu’il suivait était très lourd. Il avait les yeux hagards et dormait énormément. C’est dur de voir son enfant comme ça, et je sais qu’il faisait beaucoup d’effort à l’époque pour m’accueillir le soir après ma journée de travail.
Nos relations se sont apaisées et il m’a dit qu’il regrettait de m’avoir fait du mal. Malgré le suivi médical, il a continué à avoir des hauts, des bas, des crises, mais au moins, il suivait un protocole et je savais comment me comporter grâce aux conseils des médecins. J’étais davantage outillée. Et, c’est ça qui est terrible, j’ai dû attendre de tomber sur le bon psychiatre pour avoir toutes les réponses médicales à mes questions. Et lorsqu’il y avait un trou dans la raquette, j’essayais de glaner des informations sur internet.
Durant cette période de reconstruction, je faisais la maman, la secrétaire, l’infirmière. Je gérais les papiers, les démarches pour le chômage, les rendez-vous. Pour la gestion du quotidien, j’ai dû apprendre par moi-même ce rôle d’accompagnante auprès d’un adulte schizophrène.
Mais parfois, il faut savoir se faire aider. Je me souviens qu’il avait jeté ses papiers d’identité. Tout était à refaire d’un point de vue administratif. Je ne m’en sortais pas, alors grâce à une connaissance, j’ai embauché une jeune femme pour m’épauler tous les mercredis. Elle travaillait en psychiatrie, elle comprenait donc ce que je vivais. Le fait qu’il y ait une tierce personne, c’est souvent indispensable.
Ce que je peux parfois reprocher aux institutions, c’est qu’elles manquent parfois de professionnalisme. Quand c’est l’assistante sociale qui vous dit « Quelle bonne idée ! » quand vous lui proposez une solution, c’est agaçant. Ce n’est pas à moi de l’avoir, l’idée. C’est à eux. C’est leur métier.
De mon côté, j’avais pu parler à son psychiatre qui m’avait dit qu’il était très important qu’il reparle à sa fille. J’ai fait en sorte de garder le lien, même s’il n’était pas encore prêt à renouer le dialogue avec elle parce qu’il avait peur de lui faire du mal. Je donnais à ma petite-fille des nouvelles de son père. On arrivait à trouver une parade pour lui dire qu’il ne pouvait pas lui parler car il était au travail ou tout autre excuse.
Même si ça allait mieux, mon fils avait du mal à reprendre une vie normale. Il était assez en retrait. Et je comprends, ce n’est pas simple de vivre et d’accepter une telle maladie. Il n’en parlait qu’à moi. Puis, un jour, j’ai rencontré un couple avec qui j’ai sympathisé et qui a rencontré mon fils. La dame a de suite vu ce qu’il avait, car son frère souffrait aussi de schizophrénie. Elle a parlé avec F. Et pour la première fois, il a accepté d’évoquer sa maladie avec quelqu’un d’extérieur. Ça a été un vrai tournant. Parler, c’est déjà guérir un peu.
Puis, au fur et à mesure, la vie a repris le dessus. F. a pris un appartement à proximité de chez moi. J’ai su qu’il sortait vraiment la tête de l’eau le jour où il a voulu reprendre contact avec sa fille. Puis, il a eu un projet de vie : il a souhaité retourner dans la région de ma sœur.
Aujourd'hui, il a une vie plus stable avec un travail qui lui plait. Il a été embauché dans un centre qui travaille avec des personnes handicapées. Il a pris du galon, car il est responsable de tout un secteur. Il voit désormais sa fille régulièrement. Il sait qu’il est malade et qu’il doit absolument prendre ses médicaments. Bien sûr, je reste sur le qui-vive, car les chiffres disent qu'il y a 75% de rechutes malgré un bon traitement. On ne guérit pas de la schizophrénie, mais on apprend à vivre avec.
Aujourd'hui, mon fils a sa vie dans une région, j’ai la mienne dans une autre. Nous nous appelons tous les jours, je reste toujours là, surtout s’il y a des décisions importantes à prendre. Ainsi, je l’ai soutenu lorsqu’il a souhaité changer de traitement, et même si j’en tremble quand j’y pense, c’est désormais mon fils qui gère sa maladie.
Ce que je retiens de tout ça ? Que l’essentiel, c’est l’entourage. S’il avait été seul, il aurait fini à la rue, ou pire. Puis, le plus important, c’est de trouver le bon psychiatre, ce qui est vraiment compliqué quand il n’y en a pas assez. Mon regret, c’est vraiment d’avoir perdu autant de temps avant d’avoir le diagnostic, celui sans lequel on ne peut pas avancer.
Être aidante, c’est être invisible et indispensable. J’ai pris la situation au jour le jour, et je crois que dans mon malheur, j’ai eu beaucoup de chance : j’ai été très entourée par ma famille, mes collègues.
J’ai navigué à vue. Je suis toujours restée positive et je n’ai rien lâché. C’est dur de voir son enfant souffrir, c’est pire que si ça nous arrivait à nous, mais j’ai toujours voulu lui apporter toute l’aide dont il avait besoin, malgré les violences verbales, les crises, les fugues et les tentatives de suicide.
Même si ce passé est révolu, je garde en tête que cette maladie ne se guérit pas. Rien n’est jamais gagné, mais chaque jour qui passe est une belle victoire ! Et aujourd’hui, je ne suis plus aidante et mon fils va bien.
Le coin des sites utiles
Les sites que nous avons identifiés ici sont utiles en termes d’aide et de conseils. Nous en avons certainement oubliés. Aussi, vos messages pour nous faire connaître tout site important à la communauté des aidants et de leur quotidiens, sont bienvenus.
Relation employeur et employé aidant
Association française des aidants
Travaillons ensembleNous recherchons des volontaires pour enrichir nos travaux : ouvrage, podcasts, retour d’expérience, entraide.
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